Nous voici donc de retour à Londres… Je ne parviens pas à écrire « chez nous » tant, en dehors de notre appartement, l’environnement anglais me paraît étranger maintenant, malgré l’indéniable familiarité des rues, des gens et des paysages… Après 12 ans ici, rien à faire, je ne m’y sens plus vraiment chez moi… Sentiments confus et déroutants, car bien évidemment c’est pourtant là que sont la majorité de mes amis, c’st là que vit la “communauté” d’activistes magnifiques dont je suis si heureuse de faire partie…

Si j’osais le cliché je dirais que j’ai laissé mon cœur quelque part en Europe, un morceau dans chaque village, chaque projet, chaque communauté visité au cours des 7 derniers mois…

Depuis que nous sommes rentrés il y a 2 semaines, nombre de nos amis nous ont, assez naturellement, demandé « Alors c’était comment ? »

Je ne pensais pas que répondre à cette simple question serait si difficile…

Comment relater, décrire, raconter une expérience qui a tout changé ? Comment, sans y passer des heures ou risquer un discours un peu illuminé, exprimer l’inspiration, l’espoir, l’énergie et la motivation puisés dans tous ces endroits plus magiques les uns que les autres ? Comment résumer les leçons, les questionnements, les révélations, les remises en cause provoqués par tous ces utopistes concrets, ces rêveurs réalistes ? La peur de galvauder des émotions profondes, d’être superficielle, de ne pas être aussi juste que je le voudrais dans la représentation des projets et des gens, la crainte aussi de me lasser à trop souvent raconter les mêmes anecdotes me rendent presque réticente à parler de ces 7 mois extraordinaires…

Pourtant là est bien le défi que nous nous sommes lancés : nous seulement visiter mais aussi représenter et analyser douze initiatives utopistes européennes ; montrer que des centaines de gens aux quatre coins du continent ne se résignent pas, au contraire, et proposent, avec sérieux, avec plaisir, avec créativité et courage, des alternatives au système capitaliste. Nous crevons d’envie de partager notre enthousiasme devant toutes ces initiatives… et de peur que les protagonistes de nos récits ne s’y reconnaissent pas tout à fait.

Il va donc bien falloir dépasser la phobie de la représentation et s’attaquer aussi sincèrement et sérieusement que possible à la tâche. Vaste programme… et tellement excitant aussi !!

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