Voici un petit texte ecrit pour l’hebdo “L’Ire des Chenaies”, publie par Longo Mai et sa radio Zinzine… Une fois de plus, c’est sur le changement climatique, on ne se refait pas 😉 Il faut dire que les nouvelles ne sont pas des meilleures…  mais s’il y a bien quelque chose que ce voyage nous a offert, c’est l’espoir. Malgre l’incompetence et le cynisme de nos dirigeants, il y a, essaimes partout en Europe, des milliers de gens dont l’energie, l’ingeniosite, la sagesse et le courage nous font croire qu’il est toujours possible de croire en l’avenir.

Alors sur ce, BONNE ANNEE A TOUS!!

Isa et John

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Du haut de la colline Zinzine il est probable que la station de radio n’aura rien à craindre des inondations dévastatrices prévues par les climatologues. Mais dans la vallée plus bas, les jardinières de Longo Mai sont déjà aux prises avec les conséquences directes de ce qui serait plus approprié de nommer chaos climatique que réchauffement climatique : il y a de moins en moins d’eau. Les nappes phréatiques ne se remplissent plus, et sur les six dernières années il a manqué l’équivalent d’un an et demi de pluie. Non seulement la pluie ne vient pas, mais le temps et les saisons sont de plus en plus imprévisibles, rendant l’agriculture d’autant plus vulnérable. Le chaos climatique n’est pas quelque chose appartenant à un futur lointain et n’affectant que des populations éloignées. C’est déjà une réalité, ici et maintenant. Et d’après la plupart des scientifiques experts sur le sujet, il ne nous reste que 100 mois pour sauver la civilisation d’un changement climatique incontrôlable.

Le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution de Climat (GIEC), qui rassemble plus de 2000 scientifiques venant de plus de 100 pays, est très clair sur le fait qu’il nous faut réduire nos émissions globales de gaz à effet de serre (GES) (par rapport aux niveaux de 1990) d’ici à 2015 si nous voulons éviter la dévastation des écosystèmes mondiaux.  Pourtant les émissions globales totales sont trois fois ce qu’elles étaient en 1990 !

Confrontés à un tel scénario d’apocalypse, 12000 experts et délégués se sont réunis ces dernières semaines pour la conférence de l’ONU à Bali (émettant dans la foulée autant de C02 qu’une voiture parcourant 2.5 milliards de kilomètres). Ils devaient y préparer un nouvel accord qui remplacerait le traité de Kyoto, lui-même arrivant à échéance en 2012 (et qui ne fut jamais signé ni par les Etats-Unis, ni par l’Australie, et a échoué de manière tout à fait spectaculaire).

Entre les larmes du responsable onusien et les embrassades post retournement de veste américaine, c’est surtout des émotions des délégués dont il aura été question à la clôture de cette conférence. Comme si, en relatant les immenses difficultés à obtenir un accord commun aux 187 pays, on essayait de faire oublier l’essentiel : le texte est d’une timidité affolante par rapport à l’urgence. Alors bien sûr on peut essayer de se rassurer en se disant qu’obtenir un consensus sur un tel sujet  c’est déjà une prouesse et que la conférence signale une prise de conscience mondiale croissante.

Mais de Bali, il ne sort que quelques vagues indications sur la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de grandes et bonnes paroles sur le transfert de technologies ‘vertes’ aux pays en développement, un accord de principe sur des récompenses financières (sans doutes liées à la croissance d’un marché de crédits de carbone) aux pays qui cesseront de détruire leurs forêts, nécessaires pour absorber le CO2. 

Aucune cible chiffrée, aucune mesure précise. Pourtant le GIEC produit des données de plus en plus alarmantes et avait même lancé un appel au réveil avant la conférence. Tandis que la banquise de l’Arctique fond environ trois fois plus vite que prévu, que la calotte glaciaire du Groenland a aussi commencé à dégeler (ce qui pourrait engendrer une montée des océans de plus de 7 mètres) ou que les océans jouent de moins en moins leur rôle d’ « absorbateurs de CO2 », les palabres onusiennes ont quelque chose de désespérant. Et nous prouvent une fois encore que nos politicien-nes sont incapables de gérer cette crise, enferrés qu’ils sont dans leur foi aveugle en un système sensé régler tous les problèmes à coups de « révolutions technologiques » et de nouveaux marchés.

Ainsi l’industrie nucléaire n’a de cesse d’être présentée comme une technologie « propre et à zéro émission » (un voile pudique étant posé sur les GES émis lors de la construction des centrales ou la question récurrente des déchets), on nous promet des avions marchant à la vapeur ou des injections de souffre dans l’atmosphère pour contrer les GES. On imagine un grand rationnement de carbone, où les plus économes en énergie pourraient revendre leurs parts inutilisées aux plus pollueurs. Bref on invente des stratagèmes abracadabrants pour gérer la demande d’énergies fossiles, mais on ne s’attaque jamais à la source du problème : leur production. Personne à Bali, ni politicien ni ONG, n’a eu le courage de dire ce qui est pourtant l’évidence même : il faut cesser d’utiliser les carburants fossiles et les laisser dans les sols où ils reposent. Il va sans dire que ceci est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, que nous n’avons pas de réponses toutes faites sur la façon d’appréhender ce vaste programme et que des difficultés gigantesques sont à prévoir. Mais ces principes restent un cadre de travail plus sensé que celui offert par les intégristes du néolibéralisme sauvage.

Dans son magnifique livre Garder l’espoir (Actes Sud) l’écrivaine Rebecca Solnit, dit « Il est plus aisé d’imaginer l’Apolypse, que ce qui vient ensuite ». Dans toute crise, il y a une opportunité. L’étymologie du mot le fait remonter au vocabulaire médical grec et décrit le moment où un corps choisit de se guérir ou de mourir. Nous sommes devant un choix historique et si nous avons l’audacité d’imaginer un monde en dehors des cases où le capitalisme et les marchés nous ont emprisonnés, nous pourrions non seulement éviter l’apocalypse mais peut-être construire un monde meilleur.

Nous devons repenser un système basé sur un profond paradoxe qui semble vouloir ignorer qu’une croissance exponentielle et infinie est tout simplement impossible sur une planète aux ressources limitées. Nous devons être capables d’imaginer un monde où l’on peut se nourrir sainement, de produits locaux et non pas livrés par avion depuis l’autre côté de la planète, où les enfants ne sont plus complètement déconnectés de la nature, où l’on travaille moins pour consommer moins et vivre plus. Un  monde où la survie de la planète est plus importante que les cours de la bourse.

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